Est-il possible de se lancer, sans expérience aucune, dans la réalisation d’un café racer délicieusement rétro et parfaitement harmonieux sur une base aussi moderne que la Triumph Speed Triple ? Il faut croire que pour le parisien Timothée Dreisler, la réponse à cette question est assurément « oui » !

Les difficultés d’une base moderne
La majorité des préparations sur base de Triumph Speed Triple 1050 sont des street fighters. Mais celles qui font exception à cela sont en général des café racers. Elles arborent souvent un carénage avec phare unique à l’avant qui leur donne un côté indéniablement vintage. C’est d’ailleurs en cela que leur réussite sur un plan esthétique peut s’avérer hasardeuse. Il est en effet assez difficile d’obtenir un résultat harmonieux avec des éléments décoratifs rétros posés sur une base hyper-moderne comme la Speed Triple. Les mêmes transformations sur un modèle appartenant à la gamme Modern Classics de la marque anglaise, comme la Thruxton par exemple, donnent plus facilement un résultat homogène. Le look ancien de leur moteur bi-cylindre y est pour beaucoup. Celui de la Speed Triple en revanche, est résolument actuel et donc plus difficile à combiner avec une décoration vintage.
Mais chaque moteur a son caractère… et ses aficionados. Timothée Dreisler, alias @tim4rider sur Instagram, a jeté son dévolu sur le trois cylindres en ligne de la firme d’Hinckley. Sa Speed Triple 1050 version 2015 est déjà la deuxième moto bâtie autour de ce moteur qu’il possède.
Sur le plan visuel, par contre, ses goûts sont plutôt portés vers les anciennes motos de course parées d’une bulle à l’avant. Parmi celles-ci, les Ducati ont sa préférence. Mais, elles ont un gros défaut à ses yeux : leur moteur est un bi-cylindre. C’est donc sur sa Speed Triple acquise fin 2018 que ce passionné de dessin, de mécanique et de pilotage sur circuit, réalise son projet de café racer… en cherchant toujours l’harmonie parfaite entre base moderne et éléments rétros.

Un an de dessin et de 3D
Pendant toute l’année 2019, lui qui a déjà dessiné beaucoup de modèles de tatouages et réalisé la maquette d’une Ducati 1199 Panigale, peaufine le design de sa future prépa sur son ordinateur. Pour cela, il utilise la modélisation en 3D et le montage sur Photoshop. Puis, début 2020, il profite du confinement pour passer à la phase concrète de son projet. Il s’emploie d’abord à modifier la position de conduite. Puis, il pose un carénage et d’autres éléments décoratifs typiques du design café racer.
Pour opérer le changement de position, il remplace le guidon d’origine par des clips de la marque ABM. Cette opération est la première qu’il entreprend. Toutes les suivantes en découleront, notamment le remplacement des commandes au pied. Il installe des Bonamici, non sans les modifier lui-même, et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il n’est pas rassuré par les boulons de fixation fournis avec les commandes. Il va donc en usiner des nouveaux. La deuxième, c’est que ces commandes sont adaptées au pot d’échappement d’origine de la Speed Triple qu’il a déjà remplacé par un Arrow Low Boy.

Selon lui, ce nouvel échappement « rugit comme un tigre ». Cet élément est le seul qu’il modifie sur la partie moteur de sa préparation. Le centre de gravité de la moto s’en trouve légèrement abaissé. Par contre, Timothée ne sait pas si le poids de la moto et les performances du moteur sont affectés.
Il remplace la suspension arrière par une Öhlins TTX provenant d’une version 2020 de Speed Triple RS. Et en guise de clignotants, il choisit des Kellerman à LED qui se fixent au bout des poignées.
Opérer une greffe parfaite
Pour poser un carénage et donner un look rétro à sa Speed Triple, le travail s’avère plus long. Cela commence avec le remplacement des optiques avant par un phare simple Koso. Puis, Timothée installe un carénage provenant d’une Ducati 1000S Paul Smart, choix qu’il justifie pour deux raisons :
« D’abord, la forme ronde correspondait au design et à l’atmosphère du Speed Triple. Je ne voulais pas d’un carénage qui semble avoir été ajouté après la production de la moto. La seconde raison est que la Ducati comme la Triumph était assez grande. La plupart des carénages des motos de 1960 sont très beaux mais ne peuvent pas être adaptés à une moto récente à cause des proportions. »

Même si cela constitue le bon point de départ pour un résultat harmonieux, il faut beaucoup de travail à Timothée pour adapter parfaitement à la Speed Triple, une pièce provenant d’une Ducati. Pendant plusieurs mois, il ajoute de la fibre de verre au carénage pour entourer parfaitement le phare et boucher les trous de fixation d’origine ainsi que ceux des rétroviseurs. Ensuite, il coupe, modèle et façonne patiemment la pièce jusqu’à ce qu’elle s’adapte parfaitement à la moto de base.
En parallèle, il confectionne un capot arrière avec de la fibre de verre et de la mousse expansive. Il s’efforce de transposer les lignes du carénage dans celles du capot pour une continuité parfaite de l’un vers l’autre. Pour finir enfin, il confie la peinture à Holy Death Point Shop, atelier basé dans les Yvelines et spécialisé dans les préparations et décorations sur les modèles Harley-Davidson.
Quand son projet est enfin terminé, en véritable amoureux des pistes, il va piloter son tout nouveau café racer sur le circuit des Ecuyers puis sur l’autodrome de Linas-Montlhéry lors du Café Racer Festival.

Toute première fois
L’harmonie du café racer de Timothée sur base de Triumph Speed Triple 1050 mérite d’être soulignée. Sa préparation ne souffre pas de disparité entre la base moderne et les éléments rétros qu’il a ajoutés. Cette réussite mérite d’autant plus d’être saluée que Timothée, 29 ans, n’est pas un professionnel de la customisation. Ce projet de café racer était le premier qu’il entreprenait.
tim4rider Instagram
Photos : Nicolas Poteau et Merou photographie
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